Je n'ai pas suivi un plan.
Ce qui suit n'est pas un CV. C'est la logique de ce qui s'est construit et de comment une chose en a amené une autre, sans que ce soit toujours prévu.
Ma première mission de conseil, je l'ai menée alors que j'étais encore étudiant à l'ISG Tunis. Pas parce que j'avais décidé de "devenir consultant" mais parce que quelqu'un avait besoin de comprendre quelque chose, et que j'avais envie de l'aider à y voir plus clair. C'est resté ma définition du conseil depuis.
Le terrain a précédé le diplôme. Les questions ont précédé les réponses. Et cette façon d'apprendre par le faire, par la rencontre, par le problème réel n'a jamais changé.
L'enseignement est arrivé en même temps, ou presque. Près de vingt ans à enseigner la GRH, le management et le comportement organisationnel dans les principales universités publiques et privées de Tunisie, ISG Tunis, ISCAE, FSEG Jendouba, Université Centrale, et ponctuellement au Québec.
Là j'ai compris quelque chose d'important : transmettre n'est pas une compétence séparée du reste. C'est une façon de penser. On enseigne ce qu'on cherche encore à comprendre. On forme parce qu'on croit que les gens sont capables de plus que ce qu'on leur demande habituellement.
J'ai coordonné des mastères professionnels, dirigé des travaux de recherche en licence et mastère, participé à des jurys scientifiques, collaboré à des projets de recherche en sociologie et en GRH. L'enseignement comme laboratoire permanent de la pensée.
En parallèle, le conseil s'est développé. Des missions structurantes pour des organisations publiques, privées et internationales, en Tunisie d'abord, puis progressivement à l'international.
Audits RH, référentiels métiers et compétences, stratégies de développement RH, recrutement de cadres. Des années à travailler dans le cadre de réseaux collaborant avec la Banque mondiale, le PNUD, l'AFD, la coopération canadienne, suisse et suédoise. Des missions pour la Cour des comptes, l'Office des tunisiens à l'étranger, des agences nationales, des entreprises industrielles et financières.
Le terrain comme laboratoire permanent. Chaque organisation est un cas unique. Chaque mission apprend quelque chose que la précédente ne pouvait pas enseigner.
Ensuite j'ai voulu tester tout ça de l'intérieur. Des années dans des organisations à piloter des projets stratégiques dans l'enseignement supérieur privé, à construire des dispositifs de formation certifiants, à négocier et obtenir des franchises internationales, à déployer des ERPs, à ouvrir des universités délocalisées.
Le consultant en moi n'a jamais arrêté d'observer. Mais il avait maintenant quelque chose de précieux : il savait ce que ça fait d'être de l'autre côté. Prendre des décisions sous contrainte. Gérer des équipes dans la complexité réelle. Voir l'écart entre ce que les modèles préconisent et ce que les organisations peuvent réellement faire.
Une année à la direction du capital humain dans une banque internationale en pleine transformation, passage d'une structure semi-publique à une filiale de groupe multinational. Une expérience concentrée, intense, qui a tout mis à l'épreuve en même temps.
Pilotage de l'intégration RH au groupe, architecture organisationnelle, déploiement de la politique RH et de rémunération, recrutements stratégiques dans le champ business, mise en place d'un ERP RH, conduite du projet d'éthique professionnelle. Une expérience qui a tout consolidé.
Revenir à l'indépendance n'était pas un choix par défaut. C'était une évidence différée, le retour à ce qui n'avait jamais vraiment cessé. Etik, fondé en 2015, est le cadre dans lequel tout ça s'articule aujourd'hui : conseil, formation, accompagnement, développement d'outils.
Des missions en Tunisie, en France, en Arabie Saoudite, en Libye, au Bénin, en Estonie, au Canada, en Grande-Bretagne, au Maroc, à Bahreïn. Des organisations publiques, privées, des multinationales, des ONG, des institutions internationales. Des secteurs très différents, banque, industrie, santé, tech, enseignement, tourisme, aéronautique.
En 2022, deux certifications internationales sont venues formaliser ce que vingt ans de terrain avaient construit : SHRM-CP par la Society for Human Resource Management (États-Unis) et CRHA par l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec. Pas pour se rassurer, pour se situer dans un référentiel international exigeant.
Et puis il y a la recherche. Après tout ce terrain, une question s'est imposée : est-ce que je comprends vraiment ce que j'observe, ou est-ce que je me contente de patterns familiers ? La recherche est ma façon de ne pas me laisser aller à la facilité des certitudes acquises. Elle me force à questionner ce que vingt-cinq ans d'expérience risquent parfois de figer.
Thèse en sciences de gestion sur l'engagement organisationnel et l'effet générationnel. Publications dans des ouvrages collectifs publiés aux éditions EMS. Travaux en cours sur la responsabilité numérique des entreprises et l'engagement de la génération Z.
L'IA a tout traversé récemment, pas comme une mode à suivre, mais comme un changement de nature. Les questions que je posais sur le travail, les organisations, l'apprentissage : elles se reposent toutes différemment maintenant. Et c'est exactement là où je veux être — dans le moment où les réponses ne sont pas encore écrites.